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C’est la semaine dernière (le 25 novembre) que sortait le 4ème volet d’une des séries qui a connu un énorme succès sur la Nintendo DS. S’appuyant sur un gameplay accrocheur, fait à base d’énigmes et surtout d’une histoire extrèmement prenante, nous allons nous intéresser toute cette semaine à de nombreux aspects qui ont fait de cette série un des porte-étendards de la Nintendo DS. 

Level 5, sous la houlette de son président polyvalent Akihiro Hino, est devenu un des acteurs majeurs du jeu vidéo au Japon, réussissant la prouesse de devenir autant connu dans son pays natal qu’à l’international. Retour sur l’histoire d’un studio qui vient tout juste de fêter ses 13 ans d’existence en octobre.

Riverhill Soft , ce nom ne signifie certainement pas grand chose, même pour les puristes du genre. Ce nom, c’est celui d’un studio de développement qui a malheureusement mordu la pousière au début des années 2000. Et c’est au sein de ce studio qu’Akihiro Hino a fait ses premières armes en développant des jeux sur de multiples supports, de la MSX, à la Dreamcast en passant par la PSone, support où est sorti certainement leur jeu le plus connu, la série Overblood.

C’est doté de cette expérience et de cette expertise qu’Hino décide de quitter le studio, pour créer sa propre société : Level 5. Premier projet et non des moindres : Dark Cloud. Le développement du jeu commence dès la création de la société. C’est lors de la première présentation de la Playstation 2, le 2 mars 1999, que l’on découvre les premières images du jeu. Le but est bien sûr de montrer la puissance de la console, notamment d’un point de vue graphique, mais également de montrer les jeux disponibles dans les premiers mois du lancement de ce nouveau hardware. Cet événement lance définitivement le train Level 5 vers la lumière. Sur ce premier jeu, Akihiro Hino montre l’étendue de son talent, puisqu’il sera crédité en tant que designer. D’ailleurs, on le retrouve crédité systématiquement sur les différents titres mis en œuvre par le studio.

A l’origine prévu pour faire partie des titres de lancement de la Playstation 2, il sera retardé et ne sortira que le 14 décembre 2000 au Japon et quasiment un an après, le 21 septembre 2001 en Europe.

Les retours sont positifs (moyenne Metacritic : 80), d’autant plus que la console connaît à ses débuts un manque criant de jeux, que ce soit en quantité comme en qualité. Nul doute que Sony a bien fait de pousser ce jeune développeur -qui reste cependant toujours indépendant- puisque les ventes de ce premier opus atteignent plus de 800 000 exemplaires dans le monde. A cette époque, cela constitue un excellent score, et Level 5 décide de développer immédiatement une suite : Dark Chronicle (Dark Cloud 2 aux Etats Unis).

Le plan de marche est en place, 2 ans de développement permettent au studio de peaufiner ce second épisode. Un chara design proche de Dark Cloud mais magnifié par l’utilisation du Cell Shading, donnant une vraie identité visuelle au jeu. Malgré un succès critique de bonne augure, le succès commercial ne dépasse pas les chiffres du premier épisode.

Level 5, en 2002, a néanmoins acquis une vraie reconnaissance, 4 ans à peine après sa création. En plus d’avoir du talent, le studio relève aussi des défis. Celui qui va suivre restera cependant comme un des seuls échecs de la société.

True Fantasy Live Online, le seul véritable échec du studio

Microsoft, acteur bien connu du monde du PC, décide de se lancer sur le marché des consoles de salon dès la fin de l’année 2001. La Xbox rentre ainsi en pleine concurrence avec Sony et Nintendo. Dans le but d’avoir toutes les cartes en main sur ce marché ultra concurrentiel, la société américaine veut utiliser son expertise dans domaine de l’informatique, notamment avec le online. A l’époque, hormis quelques incursions (notamment avec la Dreamcast), la majeure partie du marché du jeu online se faisait sur PC. C’est ainsi que dès 2002, Microsoft lance en fanfare son service de jeu online, le Xbox live. On peut alors se demander quel lien entre le lancement de ce service et Level 5 ? Pour mieux comprendre il faut se souvenir de la volonté du constructeur américain de s’imposer sur le marché japonais, tout acquis à la cause de la Playstation 2 et de la Game Cube. Et pour cela, Microsoft décide de confier à Level 5 la création de True Fantasy Live Online, un MMORPG prévu pour être le fer de lance du lancement du Xbox Live au Japon.

Annoncé dès le mois de septembre 2002, la sortie est prévue pour 2003 sur le territoire japonais. Cependant, le pari est quand même énorme entre les ambitions de Microsoft et l’inexpérience de Level 5 en ce qui concerne le jeu en réseau. Les ambitions de Microsoft ? Faire de TFLO le nouvel étalon du MMORPG. Cela passe par l’intégration d’un chat vocal entre les joueurs sur une même map. Comme ça, ça ne représente pas grand chose, mais cela n’a encore jamais été réalisé pour un MMO, aujourd’hui encore.

Ensuite et plus important encore, la cohabitation entre les deux parties prenantes avance avec difficulté. Tout d’abord, par rapport au manque d’avancement dans le développement du jeu. Ensuite, les divergences de vues deviennent de plus en plus importantes en ce qui concerne la direction que prend le titre, ralentissant de ce fait son développement.

Alors que la sortie du jeu est prévue initialement pour l’automne 2003, elle est repoussée à l’année suivante. Après cette annonce, le titre entre en hibernation, ne laissant filtrer que trop peu d’informations. Son absence à l’E3 2004 ne donnait que peu d’espoirs, balayés dès le mois de juin 2004, par le biais d’un double communiqué des deux parties prenantes, annonçant l’annulation du projet.

Le seul véritable échec du studio n’a pas le temps d’être digéré, puisque en même temps que TFLO était en développement, une autre grosse licence était en gestation du côté de Level 5.

De Dragon Quest VIII au Professeur Layton : la consécration

Nous sommes alors en 2003, Square Enix (SE) décide de faire de Dragon Quest, une licence au rayonnement international. Pour cela, SE confie le développement du prochain épisode, Dragon Quest VIII, à Level 5. Leurs 2 premières créations ont montré qu’ils avaient les reins pour sortir des jeux ambitieux dans le domaine du RPG. Hino reconnait d’ailleurs (fin de l’article) que c’est le développement de Dragon Quest qui a permis à son studio de développement de devenir ce qu’il représente aujourd’hui.

On sent aussi de la part de SE une volonté de redonner un souffle nouveau à la série pour son passage sur PS2. Graphiquement, la patte Toriyama fonctionne toujours autant. En ce qui concerne le système de combat, on dit adieu aux écrans fixes, pour apporter un vrai dynamisme aux duels. N’oublions pas que l’on s’adresse au public japonais, mais aussi aux américains et aux occidentaux, d’où une volonté de modernisation de la série salutaire.

Le succès est au rendez vous, aussi bien du côté des critiques que des ventes, atteignant près de 4,5 millions d’exemplaires sur les trois principaux marchés. A noter que la démo de FF XII était présente dans la version américaine de DQ VIII, ce qui a pu aider à vendre quelques exemplaires de plus.

Le train Level 5 est donc lancé, et il n’est pas près de s’arrêter, avec au minimum une sortie par an. L’avantage du studio d’être indépendant, c’est qu’il peut travailler sur toutes les plateformes possibles. Et il ne va pas s’en priver. Si en 2005, un nouveau RPG sort -uniquement sur PS2- sous le nom de Rogue Galaxy, l’année 2006 voit l’arrivée de Level 5 sur la PSP, avec un tactical RPG (une première pour le studio) du nom de Jeanne d’Arc. Le succès critique est au rendez vous, et les ventes dépassent les 300 000 exemplaires, ce qui est un bon chiffre compte tenu du genre, pas des plus accessibles.

Level 5 semble s’être épris des consoles portables, car dès l’année suivante (en 2007) va sortir le premier épisode de la série qui donne certainement ses lettres de noblesse au studio à l’international : Professeur Layton et l’étrange village.

L’opportunité de la DS

La force de la série vient de l’inventivité de l’équipe de développement à reprendre des éléments du genre point’n click, parfait pour l’écran tactile de la DS, avec des énigmes à résoudre tout au long de l’aventure. Rajoutez à cela une histoire prenante ainsi qu’un chara design et des graphismes attrayants et vous obtenez un vrai chef d’œuvre.

La recette semble être parfaite dès ce premier épisode, car les 3 épisodes qui suivent sur DS reprennent le même fonctionnement. Ce qui peut devenir redondant à la longue, mais ne cachons pas le plaisir de découvrir à chaque fin d’année un nouvel épisode.

Ce qui contribue aussi au succès vient du choix d’avoir devant soit une aventure qui se passe en Europe mais toujours dans une réalité alternative, mélangeant éléments réels et fantasmagoriques, donnant le sel au scénario de ne pas être devant une affaire dont on ne peut rien deviner avant les explications finales. Les 2 héros, le Professeur Layton et son assistant Luke, sont véritablement les dignes successeurs de Sherlock Holmes et de Watson, les héros de Sir Arthur Conan Doyle.

Professeur Layton et l’étrange village est aussi le premier jeu édité directement par Level 5, montrant ainsi la volonté de grandir un peu plus de la part du studio de développement. Le jeu ne sortira qu’un an plus tard en Europe, afin d’accompagner la portable de Nintendo pour les fêtes de fin d’année. C’est d’ailleurs le rythme de sortie de chaque épisode.

Level 5 l’a bien compris, un concept accrocheur sur Nintendo DS permet de toucher beaucoup de joueurs. Et c’est dans cette optique de diversité que le studio lance, dès 2008, Inazuma Eleven, jeu hybride mélangeant RPG et jeu de Foot. On avait pas vu ça depuis les versions SNES de Captain Tsubasa, pleines de situations improbables et de gestes surhumains.

En plus, d’être original, Level 5 sait trouver son public. Car que ce soit pour le Professeur Layton ou Inazuma Eleven, chaque nouvelle licence créée devient une nouvelle poule aux oeufs d’or. De même, le passage du 9ème volet de Dragon Quest s’effectue sur DS, toujours par le biais de Level 5.

Un passage timide en HD

On l’a vu, depuis sa création, Level 5 a su trouver son public pour tous les jeux qui ont été développés, allant du classique (Dark Cloud) à l’original (Inazuma Eleven). Ils arrivent en 2008 avec un sacré bagage et une certaine expertise du RPG, quelque soit le genre.

Cependant, comme tous les développeurs Japonais, il est nécessaire pour eux de relever le défi de cette nouvelle génération de consoles, qui semble bien difficile à dompter, en comparaison de ce que réalise les acteurs occidentaux du jeu vidéo.

Une première réponse est donné, évidemment par le biais d’un RPG, en la personne de White Knight Chronicles, édité par Sony sur la PS3. Nouveauté par rapport à ces précédents RPG, la possibilité de jouer en ligne à plusieurs. Hormis cela, le jeu divise les joueurs à cause d’un manque certain d’innovations. Cela n’empêche le grand public de s’intéresser de plus près au jeu, dépassant les 800 000 ventes dans le monde. A noter qu’encore une fois l’Europe ne sera servie que près de deux ans après la sortie japonaise, et qu’un second épisode est sorti en 2011.

D’ailleurs, quand on écoute le discours de Akihiro Hino, le CEO de Level 5, on comprend entre les lignes que les consoles current gen ne sont pas leur priorité. Il met en avant deux raisons. Tout d’abord, le fait que le nombre d’utilisateurs qui veulent de la HD est plus faible que ce qui était prévu à l’origine. Ensuite, il met en avant le temps de développement nécessaire, qui selon lui, est préjudiciable au développement d’autres jeux sur d’autres supports.

La diversification comme axe de développement

Cette tendance est clairement visible depuis 3 ans, car depuis le lancement de White Knight Chronicles et si on excepte la sortie du deuxième épisode et de Nino Ku Ni, aucun jeu n’est en développement sur consoles current gen. Tous les prochains projets sont prévus sur les consoles portables, que ce soit sur DS, 3DS et PS Vita. De même, Level 5 a développé sa propre plate forme de jeux, ROID, dont les développeurs peuvent se servir pour vendre leurs jeux sur PC et téléphone portable. Disponible uniquement au Japon, elle a permis au studio de proposer de nouveaux appendices à leurs licences fortes. A noter que London Life, le RPG présent avec l’Appel du Spectre (mais pas pour nous, pauvre européens) a fait sa première apparition sur cette plate forme. De même, Level 5 a annoncé l’arrivée d’un spin off du Professeur Layton sur IOS : Layton Brothers : Mystery Room. 

Mais cette diversification ne concerne pas uniquement le domaine du jeu vidéo. En effet, avec des licences aussi fortes que Layton et Inazuma Eleven, il devient naturel, au royaume où l’anime est roi, pour Level 5 de produire un film, d’autant que l’on retrouve de nombreuses séquences animés de grande qualité dans les différents jeux de la licence. A noter que le Professeur Layton et la diva éternelle est sorti chez nous via l’éditeur Kazé. Même chose pour Inazuma Eleven, qui voit encore plus loin en proposant des films d’animation ainsi qu’une série, que l’on pourrait voir comme le digne successeur de Captain Tsubasa (Olive et Tom en VF).

Enfin la diversification va encore plus loin puisque l’on peut aller voir un match de J League à Fukuoka (ville où est installé le studio) au Level 5 Stadium et ce depuis le 1er mars 2008.

Quel avenir pour Level 5?

Akihiro Hino a quitté son ancien poste chez Riverhill Soft « pour avoir toute la liberté de faire ce qu’il voulait faire ». Au départ, 11 personnes sont présentes à la création de Level 5, pour un nombre atteignant aujourd’hui 200 personnes ! Autant dire que le pari est largement gagné. D’autant plus que la société vient d’ouvrir un bureau aux Etats Unis, dans un premier temps pour la localisation des jeux sur le territoire américain mais également pour développer des jeux spécifiquement pour cette zone géographique.

La suite pour le studio s’écrit également par le biais de collaboration dont la dernière fait parti des plus attendues, notamment pour le public occidental. En effet, lorsque Level 5 a annoncé la collaboration du studio Ghibli (bien connu pour avoir réalisé des films d’animation tels que Princesse Mononoké ou encore le voyage de Chihiro), on était impatient de découvrir Ni No Kuni le nouveau RPG développé sur DS et PS3. Le studio Ghibli s’est pleinement investi dans le jeu, puisque l’on retrouve Joe Hisaishi, habituel compositeur des films d’Hayao Miyazaki.

Enfin, Level 5 a noué des collaborations avec de nombreux artistes, telles que Yoshitaka Amano (connu pour son travail sur la série des Final Fantasy) ou encore Nobuo Uematsu (compositeur ayant également longtemps travaillé sur les FF). A croire que le studio japonais veut suivre les illustres traces de Square-Enix, dont l’expertise en matière de RPG n’est plus a démontrer. D’ailleurs, parmi les dernières recrues de Level 5, on retrouve un certain Yasumi Matsuno, connu pour avoir dirigé des jeux tels que Ogre Battle, Vagrant Story ou encore le 12ème épisode de Final Fantasy. Retrouvera-t-on un peu d’Ivalice (monde créé par Matsuno et où se situe l’action d’une grande partie de ces jeux) chez Level 5, seul l’avenir (doré) du studio nous le dira…

Demain, on s’intéressera aux hommes derrière la saga du Professeur Layton

Par : Romain

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