
Développer une suite d’un jeu à succès n’est jamais chose aisée. Entre attentes démesurées et déceptions chez les fans, cet exercice est des plus périlleux et bon nombre de studios s’y sont cassés les dents. Et cette fois c’est à Blizzard de s’y coller avec Starcraft 2 et autant dire que leur nouveau né était attendu au tournant pour de multiples raisons. Préparez souris et claviers, on retourne à bord de l’Hypérion !
Douze années nous séparent de Starcraft premier du nom. Une éternité, surtout en ces temps de pluies de titres de qualité. Pourquoi autant d’attente ? Certainement dû au succès retentissant de Starcraft, qui restait jusqu’à la sortie du deuxième volet comme le jeu de Stratégie Temps Réel le plus vendu de l’histoire du jeu vidéo. Une histoire bien ficelée dans un univers futuriste, un équilibrage irréprochable en multi, voilà la recette gagnante du plus gros succès de Blizzard. Rien de tel pour mettre une pression de tous les dieux sur les développeurs de l’opus cadet de la série. Le travail a été long, les ajustements nombreux mais voici enfin pointer le fils prodige tant attendu.

Starcraft 2 reprend les trois races du premier jeu, les Terrans, humains expatriés dans les colonies spatiales dans le secteur Koprulu, les Zergs, espèce insectoïde dans la lignée de Starship Troopers et les Protoss, races extra-terrestre alliant connaissances et technologies de pointe. Les personnages ayant pris part aux évènements relatés dans Starcraft seront également de la partie. On retrouve un Raynor rongé par la culpabilité de n’avoir pu sauver sa bien-aimée, Kerrigan, abandonnée par Mengsk durant la bataille de Tarsonis et devenue la reine de l’essaim Zerg. Sombrant peu à peu dans l’alcool, il se verra mener malgré lui une rébellion contre Mengsk, mais aussi se hissera en défenseur de l’humanité contre Kerrigan, réapparaissant après quatre ans de silence et une menace plus dangereuse encore. Le pitch a l’air prometteur, et croyez moi, il ne déçoit en aucun cas. Blizzard sait narrer de belles histoires et Starcraft 2 ne déroge en rien à la règle. Les ingrédients sont réunis pour proposer une histoire épique conclue par un final de toute beauté.
Un ramage digne du plumage ?
Là où Starcraft proposait une campagne solo regroupant les trois races du jeu, Starcraft 2 et plus exactement Wings of Liberty se concentre sur la destinée des Terrans. Vous l’aurez compris, Starcraft 2 se décline en plusieurs volets, Heart of the Swarm centré sur l’essaim Zerg et Legacy of the Void sur les Protoss viendront compléter l’odyssée spatiale dans un avenir proche. Cette absence ethnique n’ampute en rien la durée de la campagne Terran, cette dernière proposant jusqu’à 29 missions. Je dis bien jusqu’à, car certaines missions ne seront accessibles que par des choix n’impactant pas profondément le scénario mais offrant des orientations intéressantes une fois sur le champ de bataille. Une mission secrète est même dissimulée dans la campagne, à ne rater sous aucun prétexte.
Autre marque de fabrique de Blizzard, les missions proposées ne tombent pas dans le travers de la redite d’objectifs. En plus d’offrir le choix dans l’ordre de certaines missions, ces dernières proposent des objectifs intéressants et variés servant le scénario. Et comme si cela ne suffisait pas, certains éléments de gameplay viennent se greffer aux missions pour forcer le joueur à s’adapter à son environnement. Récolter du minerai en évitant les montées de lave chroniques, résister à des assauts d’infectés la nuit et passer à l’attaque de jour, récupérer un artefact aux mains des Protoss tout en faisant migrer son campement pour ne pas retrouver ses bâtiments calcinés par un mur de feu, ou voler un prototype d’engin au Dominion ne sont que des exemples parmi tant d’autres.

L’ensemble de la campagne est ponctuée de séquences in-game introduisant et concluant les missions, voire même de cinématiques somptueuses dont Blizzard a le secret. Le tout donne un rendu cinématographique du plus bel effet et immerge encore plus le joueur dans l’histoire. Où partez-vous ? Ce n’est pas fini.
Entre chaque mission, nombres d’à-côtés sont présents et viennent offrir un complément d’informations au joueur. A bord de l’Hypérion, un croiseur de guerre Terran, le joueur aura loisir de visiter quatre ponts du vaisseau dans le plus pur style Point & Click, interagissant avec les personnages et le décor en cliquant sur ses derniers. La passerelle sera le centre de commande depuis lequel le joueur choisira la prochaine mission à affecter.

Le laboratoire de recherche permettra de développer des compétences de combat grâce aux points de recherche Zerg et Protoss récupérés en objectifs secondaires durant les batailles. L’armurerie rempliera un rôle similaire au laboratoire, à ceci près que les améliorations ne seront disponibles qu’une fois leurs coûts acquittés par l’argent amassé durant la campagne. Loin des considérations d’équilibre entre race, Blizzard permet au joueur de se doter de compétences fortes utiles face à l’opposition en présence.

Et pour finir, le bar permettra de se tenir au courant des dernières nouvelles télévisées, teintées d’une censure omniprésente et très parodique, de recruter des mercenaires contre monnaie sonnante et trébuchante, ou encore de jouer à un shoot’em up sur une borne d’arcade. Mention spéciale aux publicités entre deux flashs d’info, notamment celle parodiant les spots de la firme Apple qui m’a tout particulièrement amusé.
Les dialogues ne sont pas en reste avec un doublage de fort bonne facture, mais ne disposant pas de la synchronisation labiale comme pour l’anglais. Certaines séquences sont particulièrement savoureuses pour les joutes verbales auxquelles les protagonistes s’adonnent. Aucun doute, la campagne est riche en contenu et vous tiendra en haleine une quinzaine d’heure en difficulté normale et bien plus en montant le niveau de jeu. Et comme Blizzard a eu la bonne idée d’incorporer des succès, nommés Haut-Faits, dans Starcraft 2, les férus de challenge se feront un plaisir de traquer ces récompenses et ainsi briller en société.
Un peu de technique.
La prise en main du titre est très similaire à ce qui était en place dans Starcraft. Le joueur aura à sa disposition un bâtiment principal permettant de générer les récolteurs et bâtisseurs. Ces derniers amasseront des cristaux et du gaz Vespène permettant de produire d’autres bâtiments ou des unités de combat. Une bonne gestion de cette composante est primordiale pour triompher de ses adversaires mais ce n’est pas l’unique axe à tenir.
La production des unités est un autre élément à bien comprendre. En plus des unités déjà croisées dans Starcraft et Broodwar, de nouvelles recrues viennent compléter les rangs des différentes races, apportant leurs lots de surprises et de compétences à prendre en compte durant les affrontements. Les Faucheurs Terrans seront redoutables pour effectuer des raids éclairs contre les bases ennemies grâce à leurs jet-pack permettant de s’affranchir du relief des cartes, mais ils seront des unités vulnérables face à un feu nourri. Un Thor imposera sa puissance mais nécessitera un coût de production beaucoup plus élevé, sera plus long à produire et ne disposera pas de la même célérité dans ses déplacements.

On retrouve ce principe de pierre-feuille-ciseau dans les trois races, et une bonne stratégie sera de mise au risque de voir une bataille vous tendant les bras vous fuir comme la peste, vous retrouvant face à une cuisante défaite. Les bâtiments ne sont pas en reste, eux aussi devant être utilisés à bon escient. Certains disposeront de modules permettant de développer des unités plus techniques ou de développer deux unités en parallèle, mais sans pouvoir cumuler les deux aptitudes. Est-il plus sage de produire des Flammeurs pour repousser les vagues Zerg ou privilégier le nombre en formant des paires de Marines ? Voilà le genre de dilemme auquel il faudra faire face dans Wings of Liberty. De quoi faire réfléchir sur le long terme durant les affrontements pour ne pas se retrouver dans une impasse le cas échéant. Blizzard a également levé la limitation à 12 unités dans les groupes. A vous les assauts de grandes envergures, à condition que votre adversaire vous en laisse le temps.

Sur un plan matériel, Starcraft 2 ne déroge pas à la règle des jeux optimisés made in Blizzard. Le merveilleux test (si, si, vous pouvez le dire … ou pas) que vous lisez à ce moment précis a été réalisé sur un Intel Core 2 Duo E8500 @ 3,16Ghz avec 2 ATI Radeon 4850 en crossfire et 4Go de ram et le jeu n’a souffert d’aucuns ralentissements en jeu en Ultra, même sur des missions comme Au Plus Noir de la Nuit ou Quitte ou Double qui ont de quoi donner le vertige au vue du nombre d’unités présentes sur la carte. Cependant, certains joueurs ont eu des soucis techniques ou des performances moindres entre la beta et la version commerciale. Visuellement, le jeu n’est pas un étendard technique mais jouit de graphismes très agréables, même au plus proche des unités.
Il y a des gens dans la vraie vie ?
Après un solo très séduisant, il est temps d’aller faire un tour sur Internet et voir ce qu’à Starcraft 2 dans le ventre en multi. Le jeu s’appuie sur la nouvelle version de Battle.net, autant pour le solo que le multi. Il sera nécessaire de se connecter via Internet au service communautaire de Blizzard pour lancer son jeu. Il reste cependant possible de le lancer hors ligne mais le joueur devra se priver du jeu en ligne ainsi que les fonctionnalités sociales telles que les Haut-Faits ou encore la sauvegarde depuis Battlenet. Je ne mentionne pas le jeu en LAN, purement et simplement retiré dans cet opus et qui ne manqua pas de faire grincer des dents les mordus de ce genre de rassemblement. Une fois cette composante en tête, intéressons nous au jeu en ligne. Le jeu propose des oppositions en 1vs1, 2vs2 et ainsi de suite jusqu’à 4vs4 ou du Free For All.

Face à la démesure de la campagne solo, le jeu en multi est beaucoup plus porté vers un équilibre entre races, l’élément porteur du titre dans une optique e-sport. Et dans ce domaine, le principal adversaire de Starcraft 2 n’est autre que son prédécesseur. Ici, pas de vraie révolution de jeu mais une évolution du gameplay introduite par les nouvelles unités, appuyée par des graphismes plus en adéquation avec son époque. La recette était trop belle pour être remaniée intégralement, et cette dernière fonctionne toujours aussi bien.
De plus, la prise en compte du relief offre de nouvelles possibilités tactiques. Tout cela peut paraître anecdotique, et pourtant ces nouveautés contribuent à dépoussiérer et à apporter un peu de fraîcheur dans les parties multi. Peu de choses à reprocher à un concept bien rôdé si ce n’est une prise de risques très limitée, c’est plus du côté de Battle.net que l’absence d’options communautaires pour la gestion de tournois, de clans ou des replays se fait sentir. On peut cependant espérer les voir poindre dans de futures mises à jour du service.
Notation :
- Graphismes : 18/20
On retrouve la patte graphique de Blizzard avec des graphismes léchés et séduisants sans tomber dans la démonstration graphique.
- Bande son : 17/20
Les musiques de Starcraft avaient su charmer en leur temps, celles de Starcraft 2 font mouche pour les mêmes raisons. Les bruitages en bataille rendent font leur office et sont nombreux. Le doublage français de bonne facture et très bien porté dans notre langue apporte un plus lors des cinématiques.
- Gameplay : 18/20
Les habitués du premier opus seront en terrain conquis, on retrouve rapidement ses marques, tout du moins pour ceux ayant décrocher durant ces douzes dernières années. Le gameplay jouit d’un équilibrage déjà bien présent et le tout ne saurait être encore plus perfectionné à l’avenir.
- Scénario : 18/20
Le scénario saura vous tenir en haleine avec un twist en milieu de campagne. Trahison, bravoure et héroïsme seront présents dans une intrigue qui en plus de proposer une histoire complète, introduit à merveille les prochains opus.
- Durée de vie : 19/20
La campagne solo vous tiendra une quinzaine d’heure en normal, et bien plus dans les modes de difficulté suivants. On prend plaisir à rejouer à des missions déjà effectuées pour décrocher les haut-faits nous ayant échappés. Et je ne parle pas du multi qui viendra balayer toute trace de vie sociale si on vient à mettre le nez dedans.
Note Finale : 19/20
Starcraft 2 Wings of Liberty aura su revêtir de biens beaux atours pour séduire et le résultat n’est pas sans laisser de marbre. Un multi toujours aussi efficace et une campagne des plus prenantes font entrer Wings of Liberty dans la cour des très grands STR. On regrettera cependant de ne pas avoir eu une campagne plus longue avec les deux races restantes tant celle Terran est de qualité, le joueur est tenté d’en redemander encore et toujours. L’attente sera longue, mais la patience a un prix que Blizzard ne saurait trahir.
Par : Zelphir
Remerciements : Blizzard Entertainment.


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