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C’est avec du retard et du recul que voici enfin le test d’Alan Wake sur AOG. Exclusivité Xbox 360, le jeu du studio Remedy n’aura pas trouvé son public malgré ce qui va être dit ci-dessous. Echec pur et simple, manque de marketing chronique face à la concurrence de Red Dead Redemption, nombre de questions qui resteront dans les cartons et dont je me fous complètement.

Alan Wake est un jeu croisant habilement TPS et survie, et portant un scénario qui est pour une fois l’axe principal et porteur du soft. A l’inverse de l’exclusivité Playstation 3, Heavy Rain, qui a joué la carte du jeu cinématographique, Alan Wake se présente à nous avec une réelle humilité et un fond un peu moins grosse tête. Quelle est donc la différence entre le succès de Sony et le gadin de Microsoft ? Entre l’indépendant le plus cher du monde et un humble artisan, qu’importe la qualité, seul celui qui gueule le plus fort gagne. Descendons maintenant dans les profondeurs de l’obscurité avec notre sujet du jour.

Alan Wake est écrivain à succès qui n’a pas écrit une page depuis 2 ans. Taciturne et sombre, il ne dort plus et vit mal sa maladie de la page blanche. Fatigué de sa vie New Yorkaise, il part avec sa femme pour Bright Falls, une petite bourgade paisible où il pense se reposer et chercher un peu de quiétude. Malheureusement, Bright Falls n’est pas le lieu de villégiature favori pour un homme poursuivi par son passager noir. Quelque chose se trame dans ce coin idyllique, un force est à l’oeuvre, et elle en a après lui…

Alain, De Loin

Remedy n’a pas à rougir, la patte graphique d’Alan Wake est forte et immersive. Le moteur n’est pas de l’année, le jeu est parfois inégal dans son traitement, notamment en intérieur, mais c’est anecdotique. Tout le jeu ou presque se passe en extérieur, et là, c’est une baffe. La nature est foisonnante et vivante, le vent fait bruisser des arbres qui n’ondulent pas tous de la même manière, les branches ne sont pas de simples textures posées à la va-vite, l’univers semble vrai. Le jeu possède deux visages, l’un de jour, et l’autre de nuit, et tout change diamétralement lorsque le soleil se couche. Si la nature semble riche est chaleureuse en journée, dès que le voile du soir est tombé vous vous retrouvez en terrain hostile. Chaque mouvement vous fera frémir, d’épais nuages de brume vous piègeront dans le doute, seule la lumière au loin vous rappellera qu’il y a un espoir. Le design des personnages est réussi sans pour autant casser la baraque, mais l’ensemble suffit largement à nous mettre dans l’ambiance. On regrettera le manque d’expressions faciales lors de dialogues importants, et le côté un peu froid des visages, mais tout ceci est vite oublié. Le level design est pensé linéairement, une route menant à un checkpoint, et ainsi de suite. Malgré cette simplicité apparente, le résultat est plus que concluant, on se perd, on cherche, on se guide au petit bonheur la chance, et on fuit vers cette lumière au loin.

La bande sonore est un petit bijou, elle donne une âme au jeu qui sans cette dernière ne serait pas aussi fort. Le souffle du vent, le bruissement des feuilles, le craquement du bois, et cette respiration d’outre tombe qui plane sur soi en permanence, oppressante et froide… Les doublages sont excellents en VF, mais il faut reconnaître que le jeu a plus de force en Anglais. Les musiques oscillent entre le Heavy Metal des Old Gods of Asgard et David Bowie, donnant un ton tantôt intimiste, tantôt fort et rageur.

Deus Ex Machina

Le studio Remedy, connu pour sa série Max Payne, est connu pour des gameplays fonceurs et nerveux. Souvenons-nous de nos premières parties remplies de Bullet Time et de détonations violentes, répétitif, mais le meilleur vide nerfs de l’époque. Alan Wake porte toujours une partie de cette nervosité, mais ne vous attendez pas à un simple shoot to kill. Le gameplay est certes un TPS où il faut lutter pour survivre et avancer, mais il ne vous propose pas d’ennemis juste pour le fun. Chaque intervention de ces êtres sombres crée un moment de tension et de doute dans l’esprit du joueur, magnifiquement amené par une brume étrange et un souffle d’outre tombe. Vous n’affronterez pas de simples zombies ou autres démons dégoûtants, votre ennemi se trouvera partout autour de vous, puisque celui-ci n’est autre que l’obscurité.

Il vous faudra avancer à travers la nuit, esquivant les pièges à ours dans les bois, courant comme un fou vers le seul endroit paisible où reposer votre coeur fatigué, les sources de lumière. Elle seule peut vaincre ce qui est à vos trousses, l’Ombre Noire, une entité dont il faudra découvrir les secrets et les désirs tout en restant en vie. Cette lumière, vous la guetterez, l’apercevrez de loin, et courrez vers elle comme un enfant vers sa mère. À chaque fois que vous pourrez vous baigner dans la douce  clarté d’un lampadaire, ou que vous démarrerez un générateur pour allumer les éclairages d’une zone, vous serez en sécurité. Les ennemis disparaîtrons, parfois pour un moment, parfois définitivement, cela dépend de l’endroit dans lequel vous vous trouverez.

Vos armes pour lutter, une lampe torche et un pistolet au début, puis viendront des outils plus efficaces. Pour vaincre les créatures qui s’en prendront à vous, une seule méthode : Détruire le voile d’obscurité qui les enveloppe grâce à votre torche, puis tirer avec votre arme pour mettre à terre définitivement votre opposant. La lampe vous servira à la fois d’arme et de viseur, en laissant LT appuyé, vous concentrerez le rayon pour éclairer plus fort pendant une courte période, mais vous consommerez des piles, apprenez à gérer vos attaques. Au fur et à mesure du jeu, vous disposerez d’autres sources lumineuses, des torches d’alerte, un pistolet de détresse, et des lampes torches plus puissantes. Les armes ne sont pas en reste puisqu’en plus du pistolet, vous pourrez trouver un fusil de chasse, un pompe, et une carabine à gibier. Ne pensez pas que vous garderez tout cet attirail sur la longueur, ou que vous vous baladerez tel un John Rambo bardé de flingues et de bastos, Alan est écrivain, il n’est  pas un énième baroudeur dans la merde, c’est un artiste pris au piège dans une histoire qui le dépasse complètement.

Heureusement, Alan n’est pas seul dans sa quête. Bien sûr il y a son meilleur ami et agent Barry, une sorte de Bill Murray bedonnant qui croit en sa poule aux oeufs d’or, mais une autre personne connait ses tourments, quelqu’un qui a disséminé un peu partout des caches secrètes remplies de matériel et de munitions. Cette personne laissera sur votre route des signes phosphorescents visibles grâce à votre lampe torche, de petites taches qu’il faudra impérativement trouver. Lorsque vous verrez le sigle de la flamme, vous saurez que vous touchez au but.

Le gameplay général est relativement simple dans le fond, traversée de zones, combats aléatoires, boss de différents niveaux, checkpoints, un grand classique. Alan s’avère parfois un peu rigide à manipuler en intérieurs, ses sauts sont approximatifs, et quelques collisions sont à noter, mais rien de tout ça ne doit vous rebuter. Car le meilleur n’est pas ce gameplay imparfait, ce qui prime dans Alan Wake, la poutre maîtresse du jeu, je vous en parle tout de suite.

La Main, La Plume, Le Destin.

Pour un écrivaillon de seconde zone tel que moi, Alan Wake est une gifle. Inspiré par Stephen King,  H.P. Lovecraft, et plus anciennement William Shakespeare, Sam Lake s’est nourri d’influences littéraires fortes dans l’angoisse et la mise en lumière du mal absolu. Mais comme si ce n’était pas suffisant, il réveille des souvenirs de séries comme Twillight Zone (La 4ème Dimension), au Delà du Réel, Twin Peaks, ou encore Le Fugitif. Maniant avec bonheur la tension d’une poursuite haletante avec l’angoisse de la survie, le scénario d’Alan Wake est l’un des meilleurs de ces dernières années. Sans trop en révéler, vous vous réveillez avec un black out total d’une semaine, votre épouse est portée disparue, et vous ne savez pas si vous êtes fou ou si le monde a basculé dans l’horreur. Vous trouverez sur votre chemin des pages d’un manuscrit relatant des évènements futurs, écrits par votre main, sans vous rappeler une seule seconde de les avoir écrites. Vous pourrez aussi suivre une curieuse émission de télévision, faites attention aux postes sur votre route…

Chaque avancée dans le jeu vous rapprochera un peu plus de votre but, mais vous apprendra aussi ce qu’il s’est passé pendant votre disparition. Bright Falls toute entière est la scène de votre histoire, les personnes que vous rencontrerez seront peut être la clef de votre survie, ou les instruments de votre destruction.  Pour le fidèle lecteur de King habitué à déceler les signes, il sera peut être possible de comprendre certaines choses dès les débuts de l’histoire, mais sans être présomptueux, je mets mon billet que personne ne pourra deviner avant la toute fin la réalité des faits.

Alan Wake n’est pas un très long jeu, comptez 8 heures en prenant le temps en normal et environ 6 pour un deuxième tour. Mais il serait plus plaisant de le faire en difficile dès le premier tour pour vraiment ressentir la pression et s’immerger dans une réalité qui dépasse de loin l’expérience unique du jeu…

Notation :

- Graphismes :17/20
Beau mais pas autant qu’on aurait pu le souhaiter, le jeu est tout de même très agréable et immersif dans ses paysages. Bien pensé, on ne se sent pas dans un couloir malgré la linéarité du level design.

- Bande son : 18/20
Excellente de A à Z, un univers sonore et musicale ciselé et proche de l’action, portant aussi bien l’émotion que les moments de combat. Des doublages très agréables, mais jouez en Anglais si possible.

- Gameplay : 16/20
Bon mais parfois imprécis, il ne montre ses faiblesses que parce qu’il est mis face à un scénario qui le dépasse. Peu révolutionnaire, mais là on s’en fout.

- Scénario : 18/20
Trop d’inspirations, trop de clins d’oeils, trop de frissons, on en a pas assez.

- Durée de vie : 16/20

8 heures pour le finir en normal, le temps passe trop vite, le DLC n’arrive qu’à la fin du mois, c’est trop loin.

Note Finale : 17/20

Microsoft a perdu son pari de ventes, mais il n’a pas à avoir honte car il est un grand jeu. Nos Amis de Remedy ont prouvé qu’il ne suffit pas de crier au jeu cinématographique pour faire un grand jeu, tout en gardant la patte d’une vraie création vidéoludique et littéraire. Alan Wake est un livre dont vous êtes le héros, laissez-vous embarquer dans ce qui est peut être l’aventure frisson de l’année.
De toute façon, pour vos amis, votre famille, pour moi, achetez le, il nous faut Alan Wake 2.

Par : Fox