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1960…

Le rêve d’un fou, l’utopie d’un monde, la décadence de Rapture, BioShock représente pour nombre de joueurs un Eden étrange où la science a pris le pas sur la conscience, et où l’interdit devient coutume. Artistes meurtriers, médecins psychotiques, population bestiale et difforme, la suprématie de l’Individu a fait choir la Cité des Mers dans des abysses infernales de folie. Andrew Ryan a expié ses péchés, pensant dans un dernier soupir mégalomaniaque que Rapture sombrerait avec lui, mais la folie des hommes ne meurt jamais.

Nous voici 8 ans après les évènements de Bioshock, un goût de sang mêlé d’hydromel s’empare d’un nouveau Héros, un Gros Papa qui en a gros sur la patate…

Suite du cultissime BioShock, BioShock 2 nous ramène à Rapture dans la peau d’un Big Daddy prisonnier de sa servitude mais doté de raison. Là où les Gros Papas étaient asservis lors d’un lavage de cerveau qui ne laissait rien de leur personnalité, notre nouveau Héros est conscient de son statut et de son état. Quelles sont les raisons de cette exception, pourquoi vous réveiller si tard et surtout comment, bien des questions sont sans réponses. Au milieu de ce désastre, un but anime votre être, une flamme irraisonnée vous dévore, retrouver votre Petite Sœur, liée à vous pour l’Eternité.

Plongeons notre seringue dans le corps de notre Ange pour voir si l’Adam est bon…

The Last Night Of Monsters

Le design de Rapture a changé depuis BioShock, mais la qualité graphique du titre de 2K games n’a pas sauté de grand pas. Le style inimitable est toujours présent, mais après 2 ans d’attente, le moteur commence à montrer ses limites. L’ambiance à mi-chemin entre Art Déco et Steampunk a souffert des ravages du temps et des modifications des Chrosômes qui se sont approprié les lieux à leur manière. Le design des personnages est bien rendu, mais certains défauts se font sentir. Les Chrosômes ont évolué, les 10 ans à se bâfrer d’Eve et d’Adam ont encore plus altéré leur anatomie, les rendant difformes et à la limite du démoniaque. Malheureusement, le rendu graphique de ces personnages incontournables est un peu désuet comparé à certains titres récents. Le level design est plus tortueux mais semble à la fois plus grand et plus redondant, sur certains niveaux, les nombreux voyages pour trouver une Petite Sœur ou chercher des items sont parfois lourds et nuisent légèrement au plaisir de jeu. Cependant, Rapture est une immense Cité toute en hauteur, le panorama d’ouverture nous le montre bien, pourtant il suffit de regarder à une baie vitrée pour toujours voir les fonds marins et les coraux qui le jonchent.  Les niveaux manquent de l’ambiance folâtre de son prédécesseur dans les premières heures, même si la fin rattrape le coup.

La bande son de BioShock savait toucher le joueur et avait impressionné la critique, celle de BioShock 2 est d’aussi bonne qualité. Les Chrosômes sont bavards et fous, des vinyles retentissent à des moments étranges, jouant des chansons d’un autre temps. Les voix sont toujours aussi bien jouées, l’immersion sonore est prenante. Les hurlements de la Big Sister sont stressants et préparent bien le joueur à une confrontation corsée. Petit bémol personnel, les voix des Petites Sœurs ont un peu changé, le ton de ces charmantes enfants est moins anxiogène et plus réel.

Daddy Sucre

Le Gameplay de BioShock 2 apporte quelques nouveautés qui changent le système de combat et le déroulement de ceux-ci. Le précédent Héros ne pouvait utiliser ses Plasmides lorsqu’il tirait avec une de ses armes, hors vous êtes un Gros Papa un peu spécial. Vos armes ne sont pas celles de la faune locale, vos collègues en scaphandre ont abandonné maintes armes spécialisées à votre condition dans les allées et les salons de Rapture, Pistolet à Rivets, Mitrailleuse Lourde, Harpon, toute une ribambelle de flingues puissants pour trouer la peau des drogués de l’Adam. Puisque vous êtes Big Daddy, vous disposez dès le départ de l’arme qui a fait trembler les joueurs de BioShock, la Foreuse., cette arme sera fort utile dans bien des situations pour déblayer le chemin ou juste percer les boyaux de vos adversaires. La nouveauté dont je parlais plus haut, c’est la possibilité d’adjoindre plasmides et armes en même temps. Cette évolution rend les combats plus brutaux et nerveux, on gèle un ennemi à droite le temps de flinguer celui de gauche, on électrise un bassin où des Chrosômes barbotent tout en lançant un missile sur le Plafonnier qui arrive, les combats en sont haletants.

Et justement, le problème se pose un peu là, c’est très, trop haletant. BioShock proposait des moments de calme où vous pouviez prendre 5 minutes pour admirer les décors ou simplement souffler un peu, son successeur gagne en rythme tout en (op)pressant le joueur. Ce choix change la vision de Rapture qui devient plus sauvage, plus sombre, tout en perdant de son humanité, même si beaucoup de fans du premier opus peuvent le regretter, cette direction colle aux choix de gameplay. Seuls vrais moments de répit, les phases de déplacements sous-marins où vous pourrez admirer Rapture sous un angle nouveau, mais la courte durée de ces phases et le manque d’exploitation de ce réel potentiel laissent un arrière goût d’inachevé.

Une partie du gameplay vous demandera de passer du temps avec les Petites Sœurs pour leur faire collecter de l’Adam, et il faudra les protéger le temps qu’elle fassent leur récolte. Bien sûr, vous pourrez passer cette étape en la récoltant immédiatement après avoir défait son Protecteur, mais dans ce cas vous gagnerez moins d’Adam, et donc vous aurez moins de possibilités pour acheter des Plasmides.

Parlons de ces fameux Plasmides :
Alors que le Héros du premier opus disposait déjà d’un arsenal Plasmidique conséquent, le Gros Papa est quant à lui encore plus fourni en injections et en bonus. Vous disposez bien sûr des classiques Incinération, Télékinésie ou Electrocution, et d’une suite de Plasmides de combat bien connus, mais les nouveaux Plasmides de soutien sont cette fois-ci plus nombreux et mieux adaptés pour une plus grande personnalisation de votre Protecteur. Mais pour gagner les plus intéressants, il vous faudra analyser vos ennemis.

Sister Act

Lors des premiers moments du jeu, vous récupèrerez une caméra biométrique qui vous permettra d’analyser le génome de vos ennemis et d’acquérir des bonus de dégâts, des améliorations personnelles, et des Plasmides de soutien importants à votre survie. Le fonctionnement diffère de l’ancien appareil photo de BioShock où il suffisait de ‘‘Shooter’’ un ennemi pour analyser une partie de ses capacités. Ici, il faudra lancer la caméra pour qu’elle filme les réactions d’un Chrosôme lors d’un combat, et pour améliorer votre analyse vous devrez utiliser des combinaisons d’armes et de Plasmides pour découvrir quels pouvoirs et munitions sont les plus efficaces. Chaque catégorie possède ses faiblesses et les analyser vus donnera un avantage certain dans votre quête. Les classiques machines d’amélioration d’armes sont toujours présentes, au nombre de 14, il vous faudra choisir quelles armes mériteront d’être améliorées à 100%.

Un nouveau mode de piratage vient changer la manière de court-circuiter les systèmes et les machines, avec un mini jeu où il faudra cliquer au bon moment pour que l’aiguille touche la zone colorée en vert ou en bleu. Ce système simple peut devenir délicat pour nos amis Daltoniens, je pense à Dr Miaou et ses compagnons d’infortune qui auront peut être du mal à gérer certaines nuances ou à distinguer les tons des 3 couleurs. Malgré tout, ce système reste utile, et de nombreuses fléchettes de piratage automatique sont disponibles dans le jeu pour compenser ce petit inconvénient.

En plus du mode solo, BioShock 2 s’ouvre au mode multijoueurs en proposant un système très classique de Deathmatch, Team Deathmatch, Capture The Flag et Annexion. Là où l’exploitation s’est faite de manière amusante, c’est dans le changement du drapeau en Petite Sœur. En effet, dans le mode Capture la Petite Sœur, deux camps s’affronteront, l’un protégeant l’enfant, l’autre en essayant de la voler aux adversaires pour la ramener à sa manche à air. Le reste du mode s’effectue selon un système d’expérience gagnée en public, mais possédant un certain charme. Lors de votre premier passage dans le mode multi, vous arriverez à Rapture, en 1958, c’est-à-dire avant que l’histoire de BioShock ne commence. Vous y découvrirez certains passages de l’histoire dans des journaux audio déblocables en passant des paliers de niveau, et suivrez les évènements amenant à la chute de Rapture.

Vous disposerez d’un appartement où choisir vos armes, Plasmides, et votre personnage. Celui-ci pourra être modifié en ajoutant un masque et une arme de corps à corps, le nombre d’objets augmentant avec votre progression. Vous vous battrez sur les mythiques cartes de Bioshock, ce qui vous donnera l’occasion de vous sentir nostalgiques tout en tuant  à tour de bras des adversaires déchaînés. Vous devrez aussi compter sur un bonus de combat disponible sur les modes Deathmatch et Team Deathmatch, l’armure de Big Daddy. Si un joueur récupère cette armure, il deviendra instantanément un Gros Papa, disposant de son Pistolet à Rivets et de mines automatiques, en nombre limité bien sûr. Le poids du personnage ralentira forcément les déplacements, mais vous compenserez par une résistance et une force dignes d’un Protecteur.

Les parties sont sympathiques mais un certain lag vient souvent perturber la bonne marche du jeu en public, les killcams saccadent de manière assez violente, et trouver un partie s’avère assez difficile. Un patch devrait sortir prochainement pour améliorer la qualité de jeu en ligne et rendre l’expérience plus fluide.

Le scénario de BioShock 2 prend une direction légèrement différente par rapport aux attentes des joueurs. Les équipes de 2K ont misé sur plus d’action et un rapport aux PNJ moins vivace que dans son prédécesseur, pourtant certains aspects du jeu proposent une réelle dimension narrative. Le choix d’épargner vos ennemis ou non influera sur les évènements en fin de jeu, votre rapport avec les Petites Sœurs vous en apprendra plu sur elles et sur leur existence, la recherche des journaux audio lèvera le voile sur une partie de l’histoire trouble de Rapture. On aurait aimé (et là j’assume le spoil volontaire) revoir Sander Cohen et ses étrangetés artistiques, plonger plus avant dans des souvenirs chers à beaucoup, mais la direction scénaristique du jeu a laissé peu de place au passé pour se concentrer sur une mission plus ‘‘badass’’, orientée vers le but unique et assumé d’incarner un Protecteur vengeur sans grand intérêt pour les futilités d’Andrew Ryan. Sans confiner au RPG, le background et les nombreux dialogues ingame impliquent vraiment le joueur dans l’univers, et donnent de la vie et de la grandeur là où certaines phases de gameplay lassent parfois de par leur redondance.

Votre voyage en Atlantide durera entre 8 et 20 heures en solo selon le niveau de difficulté et vos capacités, mais attention, le niveau difficile est réellement dur et gâche un peu l’expérience de jeu. On se retrouve vite à jouer la femme de ménage qui tue et récupère des munitions sans prendre le temps de profiter des décors ou de chercher plus avant les journaux audio. Si vous désirez vraiment vivre l’expérience BioShock 2, il n’y aura pas de honte à jouer en facile et à profiter des nombreux pouvoirs, vous ne perdrez que 30G dont vous pouvez bien vous passer. Le mode multi est un bonus de durée sympathique mais pas forcément prenant, mais à part en parties fermées entre amis où l’ambiance folle peut donner des ailes sur fond de revival BioShock.

Suite attendue au tournant par les fans, BioShock 2 propose une expérience de jeu qui donne du plaisir sans pour autant égaler l’éternel BioShock. Ses graphismes vieillissants, son manque de folie, son gameplay orienté trop action, il décevra une partie des Chrosômes shootés à l’Adam du premier opus, mais sans tomber dans un échec cuisant, il apporte toutefois une expérience de jeu agréable, un background levant le voile sur beaucoup de zones d’ombre et une histoire attendue mais efficace.

Notation :

- Graphismes : 16
Beaux mais un peu vieillots, les graphismes manquent d’une cure de jouvence. L’ensemble reste propre mais sans grande amélioration depuis 2 ans.

- Bande son : 17
Excellents doublages Français, une ambiance musicale, sonore, et vocale dans le ton, une immersion générale efficace et agréable.

- Gameplay : 16

Efficace mais redondant, trop de combats, une partie de la légèreté de Rapture perdue au profit d’un côté plus guerrier. Un multi sympathique mais pas encore tout à fait au point.

- Scénario : 16
Riche mais pas assez profond pour mériter plus, le scénario apporte de la vie au jeu, sans pour autant annuler la redondance du gameplay.

- Durée de vie : 17
Entre 8 et 15 heures, un multi amusant mais encore imparfait, du temps passé mais pas perdu.

Note Finale : 16/20

Comme Mass Effect 2 juste avant lui, Bioshock 2 est arrivé porté par les espoirs de ses adorateurs, devenus Disciples de Rapture grâce à son incroyable prédécesseur. Il souffre malheureusement d’un manque d’envergure et de choix de directions particuliers qui seront peut être mal compris par les plus fervents. Sans être une déception BioShock 2 est un très bon jeu qui manque de folie et d’envergure, il n’en reste pas moins l’unique héritier d’un jeu mythique, et sait utiliser son héritage par bien des aspects.

Par : Fox